Tite-Live a raconté l’histoire de Lucrèce, belle et vertueuse épouse du général et consul L Tarquinus Collentius. Soumise au chantage et violée par Sextus, le fils du roi Tarquin, elle affirma son innocence en se suicidant, ne pouvant accepter de vivre dans le déshonneur. Ce crime amena la révolte du peuple romain et eut pour conséquence la fin de la monarchie tyrannique et l’instauration de la République. Sujet politique s’il en est, le thème d’une femme outragée et luttant pour son honneur ne pouvait que résonner dans le cœur d’Artemisia dont le viol par Agostino Tassi en 1611 avait donné lieu à un procès public.

Elle a d’ailleurs peint ce sujet à plusieurs reprises, à mi-corps (Milan, collection Etro, vers 1623-1625), en pieds (Naples, museo de Capodimonte, vers 1642 – 1643) Elle reçoit d’ailleurs le paiement de 600 ducats du prince Karl Eusebius de Liechenstein pour l’exécution de trois tableaux dont une Lucrèce de 11 palmes de hauteur (soit 290 cm) et l’un de ses derniers tableaux est sur le thème de Tarquin et Lucrèce (Postdam, Neues Palais)

Comme plusieurs autres femmes fortes de l’Antiquité, Judith ou Cléopâtre, le thème de Lucrèce a été privilégié par de nombreux artistes de la Renaissance et de l’âge baroque.

Si Artemisia retient du caravagisme le cadrage à mi-corps et la figure nettement détachée sur un fond noir, le peintre intègre les nouveautés du baroque romain et napolitain par le mouvement et par son érotisme qui évoque les héroïne de Cagnacci, 

On rapprochera notre figure de l’Esther et Assuérus (New York, Metropolitan Museum), ce qui situe notre toile dans les années 1630, au cours de son premier séjour napolitain (1630-1638). La pose « da sotto », en diagonale, avec la tête penchée évoque les niobides sculptées, un modèle très présent chez notre peintre.

Estimation : 600 000 / 800 000 €

Lucrèce

Toile

95,5 x 75 cm

Une bande de toile de 4 cm a été rapportée sur la gauche 

Restaurations anciennes

Bibliographie : catalogue de l’exposition : « Cléopatre dans le miroir de l’art occidental », Genève, musée Rath, 28 mars – 1 août 2004 p.110 , Cat.20 comme Artémisia Gentileschi

Provenance : Acquis à Cannes dans les années 1980 par l’actuel propriétaire, Lyon collection particulière.