Ce tableau d’Artemisia Gentileschi, Autoportrait en Sainte Catherine a été présenté en vente à L’hôtel Drouot le 19 décembre 2017 par Maître Joron Derem.

Découvrez l’explication passionnante de ce tableau et de cette artiste par Maître Joron Derem et Eric Turquin, expert en tableaux ancien.

Artemisia GENTILESCHI (Rome 1593 – Naples 1652), Sainte Catherine d’Alexandrie, toile 71 x 71 cm, restaurations anciennes, déchirures et manques.

Ce tableau doit être mis en rapport avec la Sainte Catherine de la Galerie des Offices à Florence (inv. 8032), datée vers 1614-16, c’est à dire de la période florentine de l’artiste lorsque l’influence de son père Orazio est encore présente. La composition d’ensemble, à mi-corps, les positions des bras et des mains, et les dimensions sont similaires (76 x 62 cm), mais on note d’importantes variantes. A Florence, la figure est coiffée d’une imposante couronne ornée de pierres de couleur, alors qu’ici elle porte un turban dont un pan de tissu retombe derrière l’épaule ; dans le premier, la palme est plus basse et coupée par le bord gauche de la toile; enfin la roue dentée est dans l’angle inférieur gauche, sous la main de la sainte et non pas derrière comme ici. Autre changement, sur la toile des Offices, le voile transparent couvre la poitrine et l’épaule gauche, tandis qu’il part de l’épaule droite et s’étend sur la manche droite ici. Notre œuvre peut aussi être rapprochée de l’Autoportrait en martyre (collection privée, 31,5 x 24( cm) au cadrage plus serré sur le visage. Pour tous ces tableaux cités, les historiens de l’art ont affirmé qu’il s’agissait d’autoportraits d’Artemisia, ce qui semble aussi le cas de cette toile. La parenté avec l’Autoportrait en joueuse de luth (Hartford, Wadsworth Atheneum) est évidente. Certains savants ont remarqué qu’Artemisia pouvait s’identifier à la sainte égyptienne, caractérisée par son refus du mariage et de l’autorité et sa volonté de rester vierge. En fait, sainte Catherine d’Alexandrie est souvent représenté au début du dix-septième siècle (Caravage, Madrid, musée Thyssen, vers 1598 ; Guido Reni, Madrid, musée du Prado, vers 1606 …). Le prénom est populaire à Florence parce qu’il est lié à la famille Médicis, pas seulement la reine de France du seizième, mais aussi Catarina de’ Medicis, soeur du grand-duc Cosme II (1593-1629), présente à la Cour jusqu’en 1617, date de son mariage avec Ferdinand Gonzague, duc de Mantoue. Artemisia a peint à d’autres reprises ce sujet, puisque dans une lettre du 11 décembre 1635 à Andrea Cioli, elle déclare terminer une Sainte Catherine.

Estimé 300 000 / 400 000 €, le tableau a été adjugé 2.360.600 € le 19 décembre 2017 par Maître Joron Derem.

Le tableau a été acquis par la National Gallery de Londres qui restaure actuellement le tableau qui sera exposé courant 2019.